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philosophique
Salvador Allende
Le 4 septembre 1970, une coalition (allant des communistes aux
socio-démocrates) porte Salvador Allende à la présidence du Chili avec un peu
plus de 36 % des voix, contre 35 % pour le démocrate-chrétien Jorge Alessandri.
Il y a quarante ans,
Allende ouvrait une nouvelle voie vers le socialisme
Dans son discours
de victoire, le nouveau président promet : « Nous abolirons les monopoles qui
accordent le contrôle de l’économie à quelques dizaines de familles. Nous
abolirons un système fiscal(…) qui accable les pauvres et épargne les riches.
Nous abolirons la grande propriété qui condamne des milliers de paysans à la
servitude. Nous abolirons la mainmise étrangère sur notre industrie. » Il
ajoute, ouvrant une voie encore peu fréquentée vers la transformation sociale :
« Le socialisme passe par la démocratie, le pluralisme et la liberté ».
Le vent d’espoir qui souffle le long de la cordillère des Andes galvanise
jusqu’aux rangs du parti socialiste français, qui a élu en 1971 un nouveau
premier secrétaire : François Mitterrand. Celui-ci, particulièrement séduit par
cette expérience de « Révolution dans la légalité », réserve son premier voyage
officiel au Chili.
A l’époque, « le fond de l’air est rouge ». Washington s’en émeut. Dès le 6
novembre 1970, le président américain Richard Nixon déclare devant le Conseil
national de sécurité : « Notre principale préoccupation avec le Chili, c’est le
fait qu’il [Allende]puisse consolider son pouvoir et que le monde ait
l’impression qu’il en train de réussir.(…) Nous ne devons pas laisser l’Amérique
latine penser qu’elle peut prendre ce chemin sans en subir les conséquences. »
Allende a pris ses fonctions l’avant-veille.
Les jeux sont déjà faits. Le 7 octobre 1970, Richard Helms, directeur de la CIA,
envoie une directive « urgente » à ses agents sur place : « Nous souhaitons que
vous souteniez une action militaire qui aura lieu, dans la mesure du possible,
dans un climat d’incertitude économique et politique. » Moins technique, le
conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, résume : « Je ne vois pas
pourquoi nous devrions laisser un pays devenir marxiste simplement parce que sa
population est irresponsable. » Le 11 septembre 1973, l’armée chilienne –
soutenue par la presse, l’organisation fasciste Patrie et Liberté, le Parti
national et les Etats-Unis – remet le peuple « dans le droit chemin ».
Trois ans, presque jour pour jour, après sa première allocution en tant que
président du Chili, Allende prend la parole pour la dernière fois. La Moneda (le
palais présidentiel) est sous les bombes : « Nos ennemis sont forts ; ils sont
capables d’asservir le peuple. Mais ni les actes criminels ni la force des armes
ne sauront contenir ce processus social. L’histoire nous appartient ; c’est le
peuple qui fait l’histoire. »
En 1973 débute l’une des dictatures les plus violentes d’Amérique latine, qui
fauche l’utopie de la « Révolution dans la légalité » et transforme le Chili en
laboratoire planétaire du néolibéralisme. La même année, Henry Kissinger reçoit
le Prix Nobel de la paix.
Source :
monde-diplomatique.fr
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